Beyrouth de Hala Habache

Elle est un paradoxe vivant. Il est de ces jours où on la déteste comme il est de ces jours où on

l’adore. Dure et douce. Laide et belle. Maudite comme libre. Elle se dédouble au fil des jours.

Elle est un tourbillon de sensations. Tout en elle a un parfum de mystère. Elle est un mythe

moderne. Peut-être n’est-elle qu’humaine après tout ? À première vue, sa dureté peut être

troublante. Sans doute toutes ces années de guerre auront laissé des traces. Des souvenirs

acidulés, visibles et indélébiles. Gravés à jamais. Sur ses murs. Dans ses rues. Pourtant, elle

tente encore d’effacer son obscur passé. Sa reconstruction semble être un pacte avec le diable.

Contre une nouvelle jeunesse, elle perd son âme : son ancien visage périt tout comme les

images de sa vie d’antan. Ces mêmes images qui sont à la fois terribles et sublimes. Une sorte

de Faust des temps modernes. Elle est dure car elle arrache tout. D’un coup. D’un seul. Tout

se fane alors sous le poids de ces machines qui avalent tout ce qui passe sur leurs chemins.

Tout ce qui faisait son charme disparaît sous la pression de ce monstre moderne que l’on

nomme progrès. Seulement, voilà, il faut y vivre pour la connaître. Pour découvrir son visage

caché. Pour voir que tout n’a pas disparu. Que certaines choses subsistent, malgré le temps

qui passe. Elle reste le témoin d’un passé fait de délices qui ne disparaîtra jamais. Jamais

complètement. Car, aussi étrange que cela puisse paraître, elle est délicieuse. Charmante

femme qui accueille le monde en elle. Qui le nourrit de ses histoires, berceuses qui disent

l’espoir... Car elle se bat. Quoi qu’il arrive, elle veut rester debout. Ne pas flancher. Ne pas

faillir à son devoir. À ce serment qu’elle s’est jurée de respecter. Ne pas s’effondrer. Jamais.

Pour moi, elle est tout ça. Mais elle est plus encore. Elle est mon refuge. Elle est tout ce que je

suis aujourd’hui. Une âme vagabonde à la conquête du vaste monde. Alors je lui écris cette

lettre. Pas comme un adieu. On ne la quitte jamais. Jamais vraiment.



 

Hala Habache est étudiante en Master 2 de littérature et sciences humaines à l’Université

de Paris (anciennement Paris VII – Denis Diderot). Ayant grandi entre plusieurs cultures, à savoir libanaise, palestinienne et syrienne, Hala revendique son appartenance au Moyen-

Orient et s’inspire beaucoup de cette région dans ses écrits. En effet, l’une de ses passions

est l’écriture, surtout celle de la poésie et elle s’appuie énormément sur son vécu en tant que femme arabe pour composer des textes qui s’inscriraient dans une forme atténuée du lyrisme. Elle est toujours prête à écrire, toujours portée par cette envie de toucher autrui grâce à ses

mots.