Nouveaux commencements-03/09/2016

J’ai eu beaucoup de nouveaux commencements dans ma vie. De nouveaux départs même. Beaucoup de moments où j’ai appris à faire fi du passé pour me construire à nouveau, en marge d’un système alors inédit pour moi. Mensonge… Nous ne faisons jamais vraiment fi du passé pour nous reconstruire. Le passé, et surtout le nôtre, est ancré en nous de façon quasi

indélébile.


Je réfléchis. Quels sont les nouveaux commencements marquants de mon existence ? Il y a bien un nouveau départ qui m’a marqué plus que les autres. Celui qui a inauguré mon arrivée à Paris, en septembre 2016. Moi, jeune libanaise de dix-huit ans, j’allais étudier à Paris :quelle aubaine ! J’allais étudier à Paris et quitter mon Moyen-Orient natal pour apprendre à vivre comme une véritable parisienne. Un rêve. Ou plutôt, un choc. Un choc, mais pourquoi

donc ?


Il est vrai que culturellement parlant, j’ai grandi dans une famille francophone avec une mère naturalisée française dans les années 90. À la maison, nous écoutions Barbara, Brassens et Brel, parfois un peu de Jean Ferrat. Toute petite, ma mère me lisait des contes de France tandis que, moi, je découvrais le cinéma français. Rohmer, Truffaut et Varda ont marqué mon enfance et mon adolescence comme nul autre artiste ne l’a fait avant aux. C’est pour vous dire à quel point la France me berçait culturellement, et ce depuis mon plus jeune âge. Cependant, en arrivant sur la terre de Molière, j’ai ressenti comme une faille, un manque. Et oui, j’avais le mal du pays.


Ce nouveau commencement se teintait d’une couleur assez fade. Moi qui pensais qu’en arrivant en France je tomberais directement sous le charme de la capitale (et d’un jeune blondinet), il n’en était rien. Mon pays sans eau ni électricité, mon pays corrompu, mon pays fermé sur lui-même me manquait plus que tout autre chose sur terre. J’avais le mal du pays sans me l’avouer.


Alors, j’ai fait l’impardonnable. J’ai menti. J’ai tenté de jouer la parisienne. Je me suis construit un personnage qui était tout le monde, excepté moi. Je me suis débarrassée de mon passé. J’ai mis une croix là-dessus et j’ai tenté d’être plus royaliste que le roi : je n’étais plus moi, j’étais Sarah, une jeune française. Je vivais à deux cents à l’heure. J’en oubliais même que j’étais avant tout arabe, que je venais, malgré tout, du Liban. Que j’avais un héritage plus précieux que tout.


Car oui, malgré tout, je suis une femme arabe. C’est vrai que je ne parle pas bien cette si belle langue, que je connais mal les artistes de mon pays et que certaines blagues libanaises m’échappent mais ma culture, je l’incarne différemment. Je l’incarne en aimant mon pays, plus que tout. Je l’incarne en connaissant par cœur toutes ses saveurs culinaires. Je l’incarne par tellement de petites choses que je pense, dis ou fais et qui me rendent, malgré tout, libanaise.


Si je parle de ce nouveau commencement aujourd’hui, c’est parce qu’il m’a forgée en tant que femme, en tant que libanaise et en tant que citoyenne du Moyen-Orient. Aujourd’hui, j’habite toujours la France. Mais à la différence de 2016, je n’ai plus peur de clamer haut et fort mon identité. Je n’ai plus peur d’affirmer qui je suis. Mais surtout, j’ai appris à être à la fois libanaise et française, à concilier mes deux cultures parce que oui, je viens des deux pays. Il fallait juste que je comprenne que l’un n’efface en rien l’autre. Me dire, fièrement : je suis franco-libanaise.



 

Hala Habache est étudiante en Master 2 de littérature et sciences humaines à l’Université de Paris (anciennement Paris VII – Denis Diderot). Ayant grandi entre plusieurs cultures, à savoir libanaise, palestinienne et syrienne, Hala revendique son appartenance au Moyen-Orient et s’inspire beaucoup de cette région dans ses écrits. En effet, l’une de ses passions est l’écriture, surtout celle de la poésie et elle s’appuie énormément sur son vécu en tant que femme arabe pour composer des textes qui s’inscriraient dans une forme atténuée du lyrisme. Elle est toujours prête à écrire, toujours portée par cette envie de toucher autrui grâce à ses mots.