Art et diaspora: Interview d'Ibticem Larbi, membre fondatrice du Collectif Mechta



Jeune illustratrice Maroco-Tunisienne ayant grandi en banlieue parisienne, Ibticem Larbi (@1bt1cem) a également cofondé le collectif Mechta en 2020. Elle se confie à l’équipe de Hikayat Baladi.



Hana El Shammaa : Quand as-tu commencé à dessiner ? Quand as-tu envisagé d’entamer une carrière artistique ?

Ibticem Larbi : J’ai toujours plus ou moins dessiné, même étant petite, sans forcément penser travailler un jour dans ce milieu. A l’époque, lorsque je me rendais au Maroc durant les vacances, je dessinais avec ma cousine. J’y ai pris goût et j’ai continué à dessiner. Puis en classe de 3ème, je me suis posée la question de ce que je voulais faire plus tard, j’ai vu certains de mes camarades choisir la filière STD2A (sciences et technologies du design et des arts appliqués), je me suis renseignée sur cette filière, elle m’a intéressée, c’est donc celle que j’ai choisi. En STD2A, j’ai étudié le design sous toutes ses formes et c’est là que j’ai découvert mon engouement pour l’illustration. C’est donc à travers ce premier grand choix que j’ai entamé mon chemin vers une carrière artistique.


HES : Peux-tu nous parler de ton parcours en école d’art ?

IL : J’ai donc suivi le parcours STD2A. Suite à celui-ci, j’ai entrepris un BTS spécialisé en Design graphique à l’École Estienne. Après mon BTS, je me suis quelque peu réorientée et j’ai postulé pour un DMA (Diplôme des métiers d’arts) en illustration au Lycée Auguste Renoir.

Quand j’étais au lycée, je rêvais d’intégrer Estienne, c’est une école réputée qui fait partie des quatre grandes écoles d’art de Paris. C’est une école spécialisée dans la gravure et l’illustration, on y trouve aussi beaucoup de formations de niche. Les entretiens pour y accéder ont été très stressants. J’ai très vite été marquée par le manque de diversité au sein de cette école : durant l’un de mes entretiens (de motivation), seul un membre du Jury était racisé, sur les cinq personnes qui en faisait partie. En tant que personne racisée, j’ai souvent eu l’impression que j’y avais été sélectionnée pour remplir un type de quota imaginaire… Je me suis souvent remise en question pendant mon parcours scolaire : suis-je douée ou l’administration de l’école voulait-elle d’une personne d’origine arabe au son sein afin de remplir un quota ?


En tout cas, mes deux années dans cette école étaient au final très loin de ce que je m’étais imaginée et la désillusion a donc été violente : j’avais énormément d’attentes vis-à-vis de cette école et finalement, le retour sur mon investissement a été minime, c’est compliqué de gérer cela émotionnellement. J’avais une hâte durant mon BTS : c’était de le terminer. Je me sentais assez seule face à un milieu si homogène et je ne me sentais pas assez à l’aise afin de créer librement, je suis donc rentrée dans un schéma assez robotique où je donnais le minimum de moi afin de tenir le coup.


Une fois mon diplôme en poche, je me suis réorientée et j’ai effectué une demande de formation en illustration au Lycée Auguste Renoir. Cette formation, je l’ai eue un peu au dernier moment. En effet, comme par miracle, on m’a appelé le jour de la rentrée suite à un désistement. On m’a dit : « c’est maintenant ou jamais » et j’ai dit : « Ok, j’arrive ! ». Le DMA en illustration s’est très bien passé, j’y ai passé deux ans.


HES : En regardant ton compte Instagram, j’ai l’impression que ton œuvre est constituée de trois types de supports différents : les illustrations que tu dessines puis que tu numérises, ceux à base de peinture et ton travail de céramique. Pourquoi as-tu choisi ces trois types supports autour desquels tu centres ton travail ?